La
première dotation réelle de matériel
rapide d'intervention date de 1966. Elle fait suite à un
appel d'offres lancé par la Gendarmerie nationale
exclusivement auprès des constructeurs français.
À cette époque, sous la présidence du
général de Gaulle, il n'était pas
envisageable que nos gendarmes soient équipés
d'un matériel autre que tricolore! La dotation
prévue est intéressante puisque la flotte
envisagée est de vingt véhicules. Ils vont
équiper les « brigades rapides d'intervention
» (BRI) nouvellement créées, dont le
rôle est d'assurer la surveillance des autoroutes. En effet,
le nouveau plan d'aménagement du territoire, ambitieux,
prévoit l'ouverture de 110 kilomètres
d'autoroutes par an. Il est vrai que la France accuse un retard
considérable par rapport à l'Allemagne de l'ouest
et à la Belgique par exemple, puisque l'hexagone
n'offre alors que 400 kilomètres aux 8 millions de
véhicules qui y circulent.
QUELLE MONTURE POUR LES
BRI?
Dans un premier temps, il est décidé de comparer
trois véhicules : la Citroën DS 21, la Matra Jet et
la berlinette Alpine. Ni Peugeot ni Panhard ni Simca, les trois autres
constructeurs français, n'ont de véhicules de
série capables d'épauler les brigades
motocyclistes dans cette nouvelle mission. Les « anges de la
route » - comme on les appelait à
l'époque - roulent sur BMW R 50 et cet équipage
est peu adapté à l'autoroute où,
époque bénie, la vitesse est libre et
illimitée!
DES ESSAIS CONCLUANTS
En février 1966, Alpine prête donc une A 110 1300
équipée du moteur R 8 Gordini 1255 cm3 afin de la
faire tester par l'administration. Une sérigraphie
« Gendarmerie» en lettres capitales orne les portes
droite et gauche et les gendarmes désignés -
portant képi, ce qui les oblige à quelques
contorsions compte tenu de l'exiguïté de
l'habitacle! - procèdent à
l'évaluation économique de la berlinette au
printemps 1966. La voiture est strictement de série hormis
la pose de deux baquets (sans appuis-tête!) et d'une paire
d'antibrouillard « Fantastic » de chez SEV Marchal.
L'essai est concluant et cinq voitures sont acquises pour nos pandores
plus habitués aux Estafette qu'aux Alpine Renault.
À l'occasion du salon de l'auto de Paris en octobre 1966,
Alpine présente la toute nouvelle berlinette 1500. Cette
auto est équipée du 1470 cm3 (76 x 81)
à culasse et bloc en aluminium identiques à ceux
livrés par Renault pour la Lotus Europe. Gavé par
un carburateur Solex double corps, la puissance de ce moteur d'origine
R 16 est de 90 chevaux DIN. Il est refroidi par un radiateur
positionné sous la plaque de police avant. Ces
caractéristiques séduisent la gendarmerie qui
estime, à juste titre, cette mécanique plus
adaptée que celle de la R 8 G pour rouler à
pleine charge sur autoroute.
SUR L'AUTOROUTE DES
VACANCES
C'est ainsi que trois voitures sont livrées aux BRI avant le
rush des congés d'été 1971. L'ORTF
fera un reportage au Journal télévisé
sur cette livraison afin que nul automobiliste ne soit pris au
dépourvu. De couleur bleu Gendarmerie, elles sont
immatriculées 2710498, 2710499 et 2710500. Dotées
de la nouvelle option « projecteurs additionnels à
iode intégrés au capot », elles sont
également reconnaissables par la présence d'une
antenne radio-téléphone et d'un feu à
éclats orange sur le toit. L'habitacle reçoit
deux gros extincteurs portables et un lot d'accessoires de
sécurisation routière en cas d'intervention sur
accident. En outre, elles sont équipées d'un
haut-parleur fixé à l'arrière
destiné à informer les automobilistes en cas
d'embouteillage. Cet équipement sera vite
abandonné...
Dix gendarmes, dûment sélectionnés,
intègrent les BRI. Les voitures effectuent des rotations
quotidiennes, essentiellement sur les trajets Paris-Lille et
Paris-Lyon, et sont jugées suffisamment
économiques par l'administration pour que celle-ci passe
commande de deux nouvelles séries de berlinettes fin 1969 et
fin 1971. Les BRI sont ainsi équipées des
derniers modèles proposés aux clients, 1600 (102
ch) et 1600 S (138 ch). Il est à noter que l'entretien
était effectué par les services techniques de la
Gendarmerie, y compris les échanges standards de
mécanique. Après usage, elles furent revendues
par le Service des domaines.
RUDE CONCURRENCE POUR
ÉQUIPER LA GENDARMERIE
Après la berlinette, il y aura l'A 310, d'abord en version
quatre cylindres puis avec le moteur V6 PRV. Les A 310 V6 seront
confrontées à quelques Citroën SM
Maserati, plus souvent à l'entretien que les
modèles dieppois. Puis l'Alpine V6 GT sera retenue en
complément de la flottille de Citroën CX 2400 GTI.
Il n'y aura pas d'A 610 « Gendarmerie ", mais il y aura une
dotation de R 21 Turbo terriblement efficaces. On est donc en droit de
s'étonner que soixante Subaru Impreza aient
été choisies au début du 21°
siècle plutôt que la Renault Mégane RS,
par exemple, pour la dernière livraison aux BRI. Il n'y
aurait déjà plus que les deux tiers du contingent
en activité... N'est pas Petter Solberg qui veut!