Les
BRI [brigades rapides d'intervention) de la gendarmerie
étaient affectées à la poursuite des
véhicules sur autoroute. Pour remplir leurs missions, elles
étaient dotées de voitures de sport rapides. En
1974, elles reçurent en dotation des Alpine A 310.
En 1974, le ministère de la Défense - puisque la
gendarmerie dépend de l'armée - passe une
commande à la marque Alpine, de cinq A 310 à
injection pour les affecter à ses brigades rapides
d'intervention, qui opèrent sur les autoroutes. Ce sont des
voitures rapides, qui dépassent les 200 km/h, et faciles
à entretenir avec leurs quatre cylindres
empruntés à la Renault 17 TS, des
mécaniques proches des Renault 16 et des autres
mécaniques Renault
que connaissent bien les services d'entretien de la gendarmerie.
Pourquoi l'Alpine A 310 ?
D'abord, la gendarmerie française est tenue de se servir
chez les constructeurs français. À
l'époque, la France compte quelques rares voitures de grand
tourisme rapides, ,parmi lesquelles la Citroën SM avec son V6
Maserati de 2 670 cm3 développant 178 ch et lui permettant
d'atteindre 228 km/h. C'est mieux que l'Alpine avec ses 210 km/h, mais
la SM est bien plus chère. En outre, lorsqu'ils
soulèveraient le capot de la SM, les mécaniciens
de service découvriraient une véritable usine
à gaz, cauchemar de tous les réparateurs
confrontés à des circuits hydrauliques dans tous
les sens. Nul doute que le véhicule aurait passé
plus de temps en révision qu'à chasser les
contrevenants. Par ailleurs, Alpine jouit d'une image bien plus
sportive que Citroën. La berlinette vient de remporter le
premier championnat du monde des rallyes en 1973. Bien sûr,
la berlinette A 110 1600 SC, équipée du
même moteur que l'A 310 et offrant quasiment les
mêmes performances, aurait pu être un choix
possible. Toutefois, d'une part, la gendarmerie en a
déjà été dotée
et, à performances égales, l'A 310 est plus
agréable, plus confortable et plus moderne. On peut d'autre
part embarquer plus de matériel à bord, notamment
l'encombrant système radio. En outre, sa
modernité a un impact psychologique appréciable
par rapport à la vieillissante berlinette auprès
du conducteur pourchassé au volant d'une voiture
peut-être plus ancienne.
Une concurrence
chétive
Quant aux autres constructeurs français, aucun n'offre de
voitures assez rapides. Le coupé 504, malgré son
V6 de 2 664 cm3, ne développe que 136 ch et plafonne
à 186 km/h. De plus, ce n'est pas un véhicule
impressionnant, avec ses lignes élégantes,
plutôt féminines, tracées par
Pininfarina dans un style très classique. En bref, pas assez
agressive, trop peu dissuasive.
L'originale Matra Bagheera, avec ses trois places de front, n'a plus
rien à voir avec la très sportive Matra Jet qui
avait un temps équipé les pelotons autoroutiers.
Elle s'est embourgeoisée, a perdu sa nervosité et
ne revendique que 180 km/h. Trop lente pour la chasse aux
excès de vitesse. Malgré les extraordinaires
résultats sportifs obtenus par Matra, champion du monde de
Formule 1 en 1969 et triple vainqueur des 24 Heures du Mans en 1972,
1973 et 1974, les voitures de série ne profitent
guère de ce prestige, elles sont trop
éloignées des voitures de compétition
avec lesquelles elles ne partagent rien, mis à part leur
nom. L'Alpine A 310 semble donc le compromis idéal pour les
pilotes de la gendarmerie.
Première
Livraison
Les cinq Alpine A 310 sont livrées à la
gendarmerie au cours de l'année 1974. Il s'agit de voitures
de série pour ce qui concerne la mécanique.
Elles ne sont préparées en aucune
façon et reçoivent une injection plutôt
qu'une alimentation par deux carburateurs. Le modèle 1974
diffère essentiellement des modèles des trois
premiers millésimes par ses prises d'air NACA
déplacées du pied du pare-brise vers l'avant. Ces
prises d'air reçoivent des grilles en plastique. Les
voitures de la BRI sont dotées d'un gyrophare sur le toit et
des phares antibrouillard sous la calandre, ce qui porte à
dix le nombre d'optiques avant si l'on compte les feux de position. Les
voitures sont bleu foncé et, sur les portières,
d'énormes lettres blanches confirment leur
identité et leur appartenance à la gendarmerie.
Elles ne risquent pas de passer inaperçue. On note encore un
becquet arrière spécifique, qui apporte un
meilleur appui à haute vitesse et facilite
l'écoulement aérodynamique à
l'arrière. Les voitures sont livrées sans antenne
radio, mais un opercule sur le toit masque un orifice qui permet de
l'installer facilement, juste derrière le gyrophare. Comme
les berlinettes livrées à la gendarmerie quelques
années auparavant, les A 310 reçoivent un
grillage noyé dans la résine de la carrosserie
faisant cage de Faraday pour assurer une meilleure réception
radio. Une sixième A 310 quatre cylindres est
commandée en 1975 et livrée la même
année.
Le V6 enfin
L'A 310 doit attendre cinq longues années avant
d'être équipée du fameux V6 PRV. Ce
n'est qu'en septembre 1976 que l'A 310 V6 est
dévoilée. Le V6 PRV (Peugeot-Renault-Volvo) doit
en principe apparaître simultanément sur la 604 et
sur la Renault 30, ce qui est le cas, mais il a
été dévoilé un an
auparavant par Peugeot qui a joué sur les mots en le
présentant sur le coupé 504 en 1974.
l'encombrement et le poids du moteur, inconnus lors de
l'élaboration de l'A 310, nécessitent des
aménagements. Le châssis-poutre est
renforcé, les suspensions sont
aménagées et de nombreuses modifications sont
apportées à la carrosserie, dont les plus
notables sont un avant avec phares séparés et
bouclier aérodynamique, un becquet aérodynamique
à l'arrière et de nouvelles jantes à
trois fentes au dessin très
moderne. Pour le reste, les lignes de la V6 reprennent les lignes
générales de l'A 310 quatre cylindres. Les
performances sont en légère augmentation avec une
vitesse de pointe de 220 km/h, mais, surtout, la souplesse et le
confort d'utilisation du V6 sont incomparables. De plus, les
défauts de jeunesse des premières A 310 ont
été corrigés et l'A 310 V6 se
révèle une excellente routière.
Super gendarmes
La gendarmerie commande aussitôt cette nouvelle arme pour ses
BRI.
Elle en prend livraison en septembre 1977. Elles reçoivent
les mêmes améliorations que les six A 310 quatre
cylindres. Une neuvième A 310 est livrée
à la gendarmerie fin 1980 (un modèle 1981). Elle
est très différente des huit autres, puisqu'elle
a profité d'un lifting apporté en 1980, au Salon
de Paris. Elle arbore de nouveaux boucliers avant et arrière
avec pare-chocs débordant jusqu'aux passages de roues. Les
ailes sont pourvues d'extensions pour abriter les nouveaux pneus,
190/55 VR 340 à l'avant et 220/55 VR 365 à
l'arrière. Elle est dotée de freins à
disque ventilés, empruntés à la
Renault 5 Turbo, de même que la suspension, à
triangles superposés, et les combinés
ressorts-amortisseurs. Les jantes en aluminium de la 5 Turbo sont
également reprises, mais elles ne sont pas peintes. On note
l'abandon définitif de la boîte à
quatre rapports pour une boîte à cinq rapports.
Cette ultime A 310, immatriculée 6811 0337, est
affectée au peloton d'Auxerre sur l'autoroute A6,
où elle
fait toute sa carrière. Elle est aujourd'hui
conservée par le ministère de la
Défense au titre de la « mémoire
mécanique ». C'est la dernière Alpine
de la gendarmerie, qui se tourne ensuite vers Renault pour ses 21
Turbo, redoutables berlines préparées par
Irmscher en Allemagne, puis vers Peugeot pour ses 405 MI 16.