Gendarmes et voleurs... tous en
Traction !
la Traction devient un outil de premier ordre pour la
criminalité renaissante dans l'immédiate
après-guerre, cette dernière se servant aussi et
de plus en plus de l'automobile pour assurer ses exactions et plus
particulièrement de la Traction, qui donnera d'ailleurs son
nom à l'une des plus célèbres bandes
de malfrats du moment, le « Gang des Tractions Avant
», mené par Pierre Loutrel, alias Pierrot le Fou.
Déjà grand malfaiteur dans les années
1930 et ex-collaborateur de la rue Lauriston sous l'occupation, loutrel
s'entoure dans son entreprise de
«rescapés» de la Carlingue et de la
Milice, mais également de truands ayant servi dans la
Résistance, souvent dès les premières
heures. Parmi tous ses « amis» prenant part aux
casses, on retrouve d'autres figures du grand banditisme de
l'époque, tell Abel Danos, ainsi qu'Émile Buisson
et le non moins célèbre René le Canne
(de son vrai nom René Girier). Utilisant d'abord des 11 cv,
le gang préfère, quand il le peut, emprunter des
15-Six D, plus puissantes (idéales pour semer la police et
la gendarmerie) et assez spacieuses pour embarquer la petite bande de
braqueurs, dont la devise est « Traction Avant, Police
derrière ». Pour éviter les failles
dans le dispositif, les voitures font l'objet de toutes les attentions
des chauffeurs mécanos, qui conduisent avec
rapidité et précision ces « Tracbars
». Afin d'empêcher et de résister aux
balles tirées par les forces de l'ordre, ces derniers fixent
souvent, d'ailleurs, dans les panneaux de portières des
plaques de plomb.
De la brigade...
Utilisées par certaines brigades et compagnies de
gendarmerie tant dans l'hexagone que dans les colonies et DOM-TOM, les
Tractions Avant 11 CV continuent de servir après guerre
comme véhicules de patrouilles, ainsi que pour des missions
de police de la route. Livrées à l'Arme, tant en
version légère (quatre places) que Normale (cinq
places), elles entrent également dans la
catégorie dite des « Voitures routières
de liaisons », avant d'être rejointes,
dès le début des années 1950, par des
modèles 15 CV, qui seront utilisés en tant que
voitures de « grandes liaisons»; ces deux
catégories concernent principalement le parc des
états-majors. Dans ce contexte, les 11 BL sont surtout
réservées aux officiers subalternes, les
officiers supérieurs utilisant des 11 Normale
(Série B), au même titre que plusieurs
généraux, qui bénéficient,
dès 1952, de Traction 15-Six.
Selon certains chiffres constructeurs, il est estimé que
près de cinq modèles 15-Six ont
été livrés entre 1952 et 1953
à des états-majors de la gendarmerie. Ces
dernières ont été suivies de 1955
à 1956 par au moins 12 exemplaires de 15-Six H, qui
étaient équipés à
l'arrière du système de suspension
hydropneumatique. Contrairement aux 15-Six, les Tractions 11 BL
Légères et plusieurs 11 CV Normale
utilisées comme voitures routières de liaisons
disposent, majoritairement et à l'image d'autres 11 CV
utilisées dans le cadre de missions de police de la route ou
de compagnies, d'un poste radio
émetteur-récepteur, souvent d'origine
américaine, permettant un contact régulier entre
les officiers en visite ou opérant sur le terrain et
l'état-major. l'ensemble transmissions est alors
positionné, au même titre que les batteries
chargées de l'alimenter, dans la malle arrière.
L'embase d'antenne est fixée
généralement au bas de l'aile arrière
droite ou à la base du pare-chocs.
... à la Garde
républicaine
Mis à part les modèles standards des
états-majors, l'une des 15-Six la plus
célèbre de la gendarmerie reste sans nul doute la
version découvrable employée par la Garde
républicaine comme voiture pilote et de liaison, lors du
Tour de France ou sur d'autres grandes courses cyclistes.
Réalisé par le carrossier et accessoiriste
français A.E.A.T. (Anciens Établissements Ansart
et Teisseire), dont les ateliers se trouvaient 41 Rue Ybry à
Neuilly-sur-Seine et qui commença à proposer la
transformation de berlines Tractions en découvrables
à partir de 1935, le véhicule, livré
en 1952, est doté d'une paire de feux longue
portée, de haut-parleurs et de feux clignotants
spéciaux placés à l'avant, sur le
pare-chocs, de part et d'autre de la calandre. À
l'intérieur, le véhicule dispose d'un
système radio et d'un téléscripteur
(face à la banquette arrière). Tout ce
matériel est installé par les services techniques
de la gendarmerie. La capote dépliée permet aux
gendarmes ou au commissaire de courses, qui pouvaient être
embarqués, de se mettre debout afin d'être plus
visibles pour donner leurs ordres, le véhicule servant en
particulier à ouvrir la route devant le peloton.
Cet exemplaire sera remplacé au début des
années 1960 par un break Citroën ID. Les 11 CV de
« liaisons» sont progressivement
remplacées, dès la fin des années
1950, par des Peugeot 203 et 403. Les officiers supérieurs
et généraux abandonnent, quant à eux,
leurs 15-Six, également pour des 403 Peugeot, mais surtout
pour des berlines ID et DS 19.