Au
début des années 1980, la gendarmerie, cherchant
à remplacer ses Estafette vieillissantes, se tourne vers
Peugeot et Renault afin d'évaluer un nouveau fourgon. Le
premier présente ainsi son J5 et le second, ses
véhicules Trafic et Master [officiellement
dévoilés en 1979). Les tests, dont un grand
nombre sont réalisés en unités,
s'étalent de 1981 au début de l'année
1982 et rassemblent dix J5 et onze Trafic.
le Renault Trafic type Microbus est rapidement choisi.. Une
première commande portant sur 700 exemplaires est
passée, ceux-ci étant livrés
dès le second semestre 1982. Digne descendant de
l'Estafette, le Trafic dans sa forme standard est spacieux (de 5,3
à 7,8 m3) et permet nombre d'aménagements et de
transformations, alors demandés par l'Arme. De plus, sa
consommation est modérée pour une vitesse
maximale supérieure à l'Estafette et un
très bon comportement routier. Son entretien reste simple et
ses pièces de rechange sont économiquement
abordables. La longue et grande expérience de Renault en
matière de préparation de véhicules
pour l'Arme ou de nombreuses administrations impose plus rapidement le
constructeur, qui présente des idées
d'aménagements dès la sortie des Trafic et Master.
Les brigades territoriales et motorisées (BMO) sont les
premières à être
équipées de ce nouveau véhicule
routier « grande capacité}). Les compagnies
départementales, mais aussi les escadrons d'autoroutes, la
gendarmerie de l'armement, de l'air et des transports
aériens suivent rapidement. Certaines sections de plongeurs
des Brigades fluviales aménagent même le
véhicule pour le transport des combinaisons et
matériels de plongée, ainsi que pour la traction
d'une remorque porte bateau pneumatique.
Désignés pour remplacer d'abord les Estafette,
les Trafic connaissent bientôt de nouvelles attributions et,
après des aménagements spéciaux, de
nouveaux rôles, dès la fin de années
1980.
Laboratoires roulants et versions 4x4
Les bases du Trafic permettent ainsi la
réalisation de fourgons cellulaires, dont certaines versions
sont rallongées, ou de « laboratoires
roulants» destinés aux TIC (techniciens en
identification criminelle) composant les Sections de recherches (SR) ou
officiant à l'institut de recherche criminelle de la
gendarmerie (lRCG). Hormis les nombreuses valises contenant le
matériel de balisage de scène de crime et les
équipements de prélèvements et de
recherches d'indices, ces Trafic, dont les vitres sont
fumées, sont également
équipés de plusieurs placards de rangement, d'un
plan de travail et d'un lavabo, ainsi que d'un groupe
électrogène donnant une pleine autonomie aux
techniciens, capables d'assurer, sur les lieux mêmes du
crime, leurs premières analyses. Plusieurs
châssis, passant par les ateliers du carrossier Durisotti,
sont également transformés en postes mobiles
avancés, destinés à assurer des
permanences dans les régions rurales, où la
population est dispersée et trop
éloignée d'une brigade.
La société Sinpar livre aussi des versions 4x4.
Ces dernières sont majoritairement attribuées
à des brigades situées dans des zones
montagneuses, fortement accidentées ou sur le littoral, en
France comme dans les DOM-TOM. Ces Trafic tout-terrain sont ainsi
utilisés dans plusieurs PGHM (Peloton de gendarmerie de
haute montagne) comme véhicules de « Secours en
montagne», dans l'hexagone et en Corse: ils permettent entre
autres le transport du matériel de secours et des skis.
Servitude et prévention
Plusieurs Trafic sont en dotation au sein des services de
transmission, principalement chargés d'assurer les
communications entre unités ou entre ces
dernières et un PC central, lors de grands
événements ou de manifestations.
Équipés d'une galerie, destinée
à recevoir les éléments de
mâts et d'antennes ainsi qu'une échelle, ces
Trafic sont également aménagés pour le
transport de l'outillage et des équipements
nécessaires à la mise en place de ce dispositif.
La gendarmerie compte aussi quelques versions plateau-ridelles et
benne. Celles-ci équipent surtout des services techniques ou
servent au casernement dans plusieurs forts de la région
parisienne, les écoles et certaines casernes de la
gendarmerie mobile.
Hormis ces deux versions, le parc des véhicules dits de
« Services communs » intègre quelques
Trafic équipés en fourgon isotherme. Les
gendarmes affectés au service de la prévention
routière reçoivent, dès le milieu des
années 1980, des Trafic rehaussés et parfois
rallongés. Ces derniers remplacent notamment les Estafette
dans le cadre du transport du matériel destiné
à la réalisation des pistes
d'éducation routière ainsi qu'à
l'information des citoyens.
Les Trafic font l'objet de transformations isolées, comme
c'est le cas dans l'Ariège, où les formateurs
relais anti-drogue ont aménagé un exemplaire
uniquement destiné à leur mission. C'est aussi le
cas du GIGN, qui disposa longtemps d'un exemplaire
aménagé pour le transport d'armements ou de
matériels spécifiques.
Citons enfin, parmi les véhicules de servitude, ces Trafic
déclassés, transformés par des
mécaniciens d'unités de gendarmerie mobile, ou
ceux de la Garde républicaine en ateliers mobiles pour
dépannage rapide.
Évolutions
Le Trafic se diésélise
dès 1982 (année modèle 1983)
grâce à l'adjonction du moteur 852 de 2 068 cm3
développant 60 ch DIN. Il faut pourtant attendre le milieu
des années 1980 pour que bon nombre d'exemplaires soient
livrés avec cette motorisation. Cela arrange fortement une
majorité de brigades et d'unités, dont le parc
compte déjà de nombreux véhicules
Diesel. Progressivement, les Trafic essence sont remplacés
par ces nouveaux exemplaires.
Dès 1989, la seconde génération de
Trafic arrive sur le marché. Reconnaissables à
leur face avant restylisée, les véhicules sont
peu à peu dotés d'une rampe lumineuse Mercura, en
lieu et place du gyrophare.
En 1996, le Trafic reçoit un nouveau moteur 2,5 1 Diesel.
À partir de 1997, la marque au losange présente
sa quatrième génération de Trafic
(également appelé « Phase 4
») et sa nouvelle gamme Master, qui ne sont plus disponible
qu'en version Diesel (le Trafic est également disponible en
version 1,9 l Diesel).
Si le Master représente la gamme utilitaire
légère «
supérieure» de la marque, il est pourtant
destiné
devenir, en cette fin des année 1990, le fourgon principal
de cette gamme, se retrouvant directement désigné
pour remplacer définitivement le Trafic, dont les mille
derniers exemplaires sont livrés en gendarmerie au
début de l'an 2000. Une partie de ces Trafic et d'ailleurs
attribuée aux pelotons de réserve des
gendarmeries mobile et départementale.
La disparition à court terme du Trafic impose l'adoption,
dès 1995 du Master en attendant l'arrivée d'un
nouveau fourgon, dont le choix et les commandes sont rapidement
annoncés, après un appel d'offres
lancé au début de l'an 2000. Ces Master sont
essentiellement destinés aux Gendarmeries de l'air et
maritime.
Guerres de marchés
Cette fois, et selon les nouvelles lois
européennes imposant l'ouverture des marchés
à des sociétés de la CEE, les marques
françaises se frottent à plusieurs concurrents
« étrangers », dont Mercedes et Ford. Ce
dernier remporte le contrat avec son modèle Transit, face
à Peugeot et Renault, qui entre-temps présente...
son nouveau Trafic.
Fort de son succès, Renault estime en effet qu'il ne peut
abandonner son célèbre fourgon. Il
décide donc de continuer à commercialiser le
véhicule dont la nouvelle « formule» et
les lignes sont directement inspirées des nouveaux Master.
Malgré un espace utile, allant de 6 à 8,3 m3,
ainsi qu'un comportement routier et des performances exemplaires, le
Trafic comme les autres fourgons français testés
ne font, budgétairement parlant, pas le poids face
à Ford, dont le nouveau Transit est
déjà produit depuis plusieurs mois. Ce n'est pas
encore le cas du Trafic, dont la commercialisation officielle ne
débute qu'en juin 2001. À cette
époque, les derniers Ford Transit destinés
à la gendarmerie tombent de chaîne, tandis que les
premiers exemplaires attribués à l'Arme finissent
d'être équipés de leur
matériel radio, de leur rampe lumineuse et de leurs
équipements standards pour les missions de police de la
route, dans les ateliers du CTGN qui les livre, dès le mois
de juillet, à plusieurs brigades territoriales.
Le retour du Trafic
Si Ford gagne une bataille, il ne remporte pas pour autant
la guerre! En effet, le Transit ne fait pas l'unanimité au
sein des brigades et de quelques compagnies où il est
affecté. Les fourgons en dotation sont en fait des
propulsions et, à entendre leurs utilisateurs, ils sont
parfois « lourds» à conduire.
À cette époque, le Transit est
également proposé en version traction, mais aucun
modèle de ce type n'est retenu par l'Arme. En revanche, le
volume interne et leur aménagement restent
généralement appréciés, ce
qui penche en faveur du nouveau concept de véhicules
« grande capacité» destinés
aux brigades. L'évolution des petits utilitaires
légers, leur conception, reprenant des idées
instaurées aux monospaces, leur habitabilité de
plus en plus grande, le tout allié à des
performances proches de bon nombre d'automobiles,
intéressent la gendarmerie, qui
préfère abandonner le style fourgon, pour
l'esprit « vanette », alors en plein essor sur le
marché civil.
En compétition avec son cousin, le Citroën Jumpy,
le Peugeot Expert, version longue, équipé du 4
cylindres 2,2 HDI, est ainsi choisi, éclipsant le Ford
Transit, dont seulement 450 exemplaires sont livrés
à l'Arme. À partir de 2004, la gendarmerie qui
continue de s'équiper de Peugeot Expert décide de
compléter ses commandes à ce niveau, en
choisissant un véhicule autant sinon plus spacieux et
performant que le Peugeot. Progressivement, la gendarmerie revient vers
les fourgons, dont les nouveaux styles allient harmonieusement
habitabilité et compacité, mais toujours avec un
volume intérieur plus grand que les nouvelles fourgonnettes
et que certains monospaces, dont ils s'inspirent et
récupèrent souvent la motorisation. Renault,
précurseur en la matière grâce
à son Trafic « nouvelle
génération », est retenu pour fournir
à nouveau son véhicule aux gendarmes, en
l'occurrence le modèle DCI développant 100 ch. Le
Trafic réintègre donc l'Arme et
particulièrement les brigades territoriales dès
l'été 2004.