Après
la rondouillarde 4 cv, c'est au tour de
l'élégante Dauphine de se revêtir de la
livrée pie, pour ce qui demeurera une courte
carrière dans la police.
Retour sur une nouvelle Renault en noir et blanc.
Dans les années 1950, fleurissent dans les rues les petites
4 cv, dont la silhouette courte et tout en rondeurs s'accommode avec
brio des couleurs noir et blanc, retenues par la Police nationale pour
ses véhicules de service. Alors que ces courtes puces se
vendent comme du bon pain, chez Renault on prépare, dans le
secret des différents bureaux d'études, un
nouveau modèle « plus moderne, plus cossu, plus
confortable, plus routier, mais tout aussi économique
à l'achat comme à l'entretien ».
Ainsi, se présente le cahier des charges du projet 109
né au cours de l'année 1951. Le directeur
technique, Fernand Picard, reprend un certain nombre
d'éléments propres à l'architecture de
la 4 cv (tout à l'arrière...), mais les
dimensions de la nouvelle carrosserie sont revues à la
hausse.
C'est Robert Barthaud qui planche sur le dessin de la future
automobile, épaulé sur la fin par les styliste de
Ghia, qui donnent sa forme au panneau de porte arrière
devant accueillir les sorties d'air destinée au radiateur.
L'italien met également sa touche personnelle sur
l'esthétique définitive du tableau de bord. Dans
le même temps, la 4 cv Pie continue sa carrière,
qu'elle termine d'ailleurs aux côtés des premier
exemplaires de la Dauphine Pie. Cette dernière entre en
effet en fonction en 1958.
Les premiers pas
Contrairement à sa devancière et à ses
fameuses portières échancrées sur la
deuxième mouture, la Dauphine Pie ne connaît pas
de modifications esthétiques par rapport à ses
consoeurs civiles. Extérieurement, elle s'équipe
en supplément d'un gyrophare planté sur le toit
et d'un projecteur additionnel monté sur le
côté droit à hauteur du pare-brise. Sur
le plan de la mécanique, les premières voitures
livrées embarquent le moteur de 845 cm3
(extrapolé du 747 cm3 de la 4 CV) avec une puissance
passée à 30 ch, ce qui ne constitue pas un luxe
compte tenu, notamment, du poids du véhicule. Sans surprise,
l'ensemble du modèle demeure fidèle au tout
à l'arrière, au système de roues
indépendantes avec ressorts hélicoïdaux,
à la direction à
crémaillère, aux quatre freins à
tambours hydrauliques et à la boîte de vitesses
à trois rapports.
Pourtant, très vite, les Gordini vont faire leur
entrée, apportant leur lot de nouveautés et
surtout donnant davantage de puissance, ce qui se
révèle bien pratique pour une voiture de police.
Le bloc de 845 cm3 est conservé, mais une culasse
à soupapes latérales est redessinée et
de nouvelles tubulures d'admission et d'échappement lui sont
adjointes. La puissance s'élève dès
lors à 37,5 ch. Enfin, le policier conducteur dispose
désormais d'une boîte de vitesses à
quatre rapports, ce qui lui permet d'utiliser au mieux la puissance.
Les « Pie» suivent pas à pas les
quelques modifications enregistrées par les
modèles de série, et la Dauphine de police
termine sa carrière pourvue d'une mécanique enfin
digne d'elle, prompte à l'emmener sans souci sur de simples
patrouilles ou à l'engager dans de grandes poursuites. Cette
mécanique prend le nom de 1093 ; il s'agit du groupe
dérivé de celui de la Gordini, mais dont la
puissance a été portée à 55
ch à 5 600 tr/min (rapport volumétrique de 9,2/1,
culasse rabotée, soupapes à double ressort).
l'alimentation est confiée à un carburateur Solex
(type 32 PNA 3) inversé à double corps,
à ouverture différée,
commandée par dépression. Ainsi pourvue, la
Dauphine flirte avec les 130 km/h. On imagine sans mal la satisfaction
des policiers à son bord.
En concurrence
Dans le parc de la préfecture de police, la Dauphine n'est
pas la seule automobile à mener les hommes sur les lieux
d'opérations.
Dans le même temps, on trouve dans les garages, des Simca
1000 puis, dès 1962, des Renault 8, plus grandes et plus
puissantes que leur petite sœur. Cette cohabitation
s'explique par le fait que la préfecture souhaite
diversifier les marques, et ne pas se cantonner à un seul
constructeur ni à un seul modèle.
Transformations
Comme la robe noir et blanc est réalisée dans les
ateliers de la rue Jules-Breton, les transformations
mécaniques le sont également. En fait,
mécaniquement, les différentes
évolutions débutent par la pose d'une tubulure
d'échappement spéciale. Puis vient une
opération importante: la mise en place dans le compartiment
avant de deux batteries supplémentaires. C'est un ajout
indispensable afin d'alimenter correctement, y compris à
l'arrêt, le poste émetteur-transmetteur petites
ondes. Les équipements lumineux (gyrophare, feux
additionnels) sont également posés dans ces
ateliers. Le personnel mécaniciens ainsi que
tôlier entretient avec soin ces Dauphine qui doivent
être toujours prête pour une nouvelle mission.
Au chapitre des anecdotes, on raconte ainsi que l'embrayage
était devenu la bête noire des
mécaniciens : fragile, soumis à des contraintes
très fortes du fait des aléas de la circulation
parisienne et des sollicitations diverses que requièrent les
fonctions, il rend l'âme très vite et doit
être changé en moyenne tous les 800 km.
Outre les modifications de peinture et de mécanique, un
dernier travail est réservé aux ateliers de la
police, celui de l'habillage de l'habitacle. En effet, à
l'origine, la Dauphine se parait de sièges en tissu
bayadère à rayures en harmonie avec les teintes
de la carrosserie; pour la police, le bayadère laisse place
à du skaï, jugé certainement moins
fragile. Ainsi revue et corrigée, la Dauphine accueille un
équipage composé d'un gardien de la paix en
charge de la conduite (il doit connaître en outre les
moindres recoins de son secteur) et d'un brigadier-opérateur
radio.
En blanc
Comme ce fut le cas pour les 4 CV, les Dauphines qui doivent prendre du
service sortent, des chaînes de la Régie, la
caisse en blanc, simplement revêtue d'un apprêt.
Elles sont alors dirigées vers les ateliers de la police,
où les peintres leur donnent leurs couleurs si
célèbres à tel point que ces
modèles, comme leurs prédécesseurs,
font la joie (et l'étonnement) des provinciaux et des
touristes en visite dans Paris. Car les découpes et le
panachage des deux couleurs ne passent pas vraiment
inaperçus. Pour la Dauphine, le découpage est
moins « tarabiscoté» que sur les 4 CV :
le blanc est réservé au toit, aux ailes avant et
arrière, tandis que le noir pare les quatre
portières ainsi que le couvercle arrière, le
capot avant et l'entourage du pare-brise. Dernière touche
des artistes, le mot « police » inscrit en
capitales et en blanc se détache nettement sur le noir des
portières arrière.